03.04.2008

Hommage aux fils de Saint Patrick (II)

Voici la deuxième et dernière partie des oeuvres consacrées à l'Irlande que nous avons sélectionnées. Il est clair qu'il s'agit d'un choix non pas arbitraire, mais certainement incomplet. Cela néanmoins n'enlève rien à la valeur de ce que nous ne citons pas dans cette liste à cause de notre connaissance partielle du sujet et des publications qui s'y rapportent, et parce qu'il est de toute manière quasi impossible de tout faire figurer. 

 

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La Résistance irlandaise (1916-2000) de Roger Faligot est sans aucun doute la somme la mieux conçue et la mieux réalisée sur le sujet. Parue initialement en plusieurs éditions sans cesse réactualisées, cette étude est particulièrement recommandée à ceux qui n'ont jamais compris les enjeux et les tenants de la lutte irlandaise pour l'indépendance nationale. Journaliste d'investigation réputé (nous recommandons d'ailleurs chaudement son Histoire secrète de la V° République publiée aux Editions de La Découverte), l'auteur retrace avec minutie et patience les péripéties de cette Irlande combattante à travers les méandres de l'histoire d'un siècle. Adoptant le regard objectif et détaché du chercheur, malgré la passion qui l'anime (cf. sa biographie de James Connoly, autre héros des Pâques 1916), il fournit au lecteur l'appui et les données des questions économiques, sociales et sociologiques. Ces dernières sont notamment capitales pour saisir les raisons de la guerre civile et de la situation en Irlande du Nord. Roger Faligot décrit aussi parfaitement l'évolution de cette résistance à travers les scissions successives de l'IRA, ses chevaux de bataille et ses stratégies. Le passage de la lutte armée à la résolution politique est bien traitée en posant la question de l'unité possible des 32 comtés à l'heure du post-nationalisme.

Au final, l'aspect universitaire de l'ouvrage peut rebuter, mais il est impossible de s'en passer pour comprendre la complexe question irlandaise.  

 

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Liam O'Flaherty est indéniablement l'un des romanciers les plus connus de l'île d'Emeraude. Dans Insurrection, une pièce maîtresse de son oeuvre, il nous fait suivre à travers les aventures du jeune Bartly Madden les évènements du coup de main du 24 avril 1916. Les évènements décrits dans les ouvrages précités ne sont pas ici analysés ou décortiqués par le regard de l'historien ou du politique. Ils sont littéralement vécus malgré la fiction.

Il serait possible de faire un parallèle avec les films Michael Collins et Le vent se lève. Ces films donnent deux visions différentes de la guerre d'indépendance irlandaise. L'un est consacré à la vie et à l'oeuvre d'un homme, d'un personnage historique, et donc adopte une vision générale des choses dirons-nous. L'autre se penche au contraire sur le vécu de l'histoire par des individus tout aussi actifs mais moins déterminants de fait ; il se concentre donc plus sur les rapports individuels bien que ce jugement reste sommaire. Insurrection se rapprocherait plus de cette deuxième vision des choses. En tout cas, une chose est sûre : c'est un roman captivant et haletant à lire en écoutant les chants des rebelles irlandais.

 

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Gardant le meilleur pour la fin, voici le livre qui vous réconciliera avec l'Irlande et les Irlandais si jamais vous aviez quelque antipathie envers l'un et/ou l'autre. Pour faire court, Brendan Behan est un peu le Blondin irlandais, si on peut oser la comparaison. Outre le même penchant pour la disve bouteille, on trouve chez Behan une truculence, une autodérision, un héroïsme qui s'ignore, propres aux grands buveurs. Des prisons anglaises aux pubs de Dublin, ce fieffé rebelle n'a jamais su garder sa langue dans sa poche, poussant même le vice à chanter et à écrire ses aventures. Mais n'allez pas croire qu'il l'a fait pour la gloire, mais bel et bien pour avoir de quoi se payer à boire.

Malgré sa jovialité, l'auteur laisse percer de temps en temps une profonde amertume sur sa condition, mais sans jamais se laisser abattre, d'où le secours de l'alcool. Ainsi quand il sort de prison, il décrit ses impressions : "Quand j'appris que j'allais être de nouveau libre, je sus que j'allais de nouveau être libre d'avoir faim, et d'être pauvre, et de ne posséder de pyjamas d'aucune sorte, même pas ceux de l'Armée de l'Etat Libre."

Par ailleurs son patriotisme, réel et vivant, n'est pas obtus et s'accompagne d'un recul à la fois objectif et humoristique. C'est qu'il considère que " le premier devoir d'un écrivain est de dénoncer sa patrie, sans quoi il n'est pas un écrivain ! " Attention de ne pas confondre cette assertion avec un quelconque ethnomasochisme. Simplement, il considère que l'homme de lettres doit être capable de considérer les qualités et les faiblesses de sa patrie, avant de pouvoir critiquer celle des autres.

Enfin, Brendan Behan reste un grand ami de la France où il vécut une partie de sa vie de bohème. Il fréquenta même Saint-Germain-des-Prés aux glorieuses heures croisant Genet et Sartre, sans aucun snobisme, mais gardant une amitié sincère pour Camus. "Des éléments les plus simples, nous avions fait une nuit joyeuse. C'était toujours ainsi en France." Oui, cher Brendan, ça l'était sans doute...

 

1173254489.jpgLe film de Ken Loach, s'il mérite amplement sa palme d'or, ne mérite pas de commentaire. Il est inutile de parler de ce film, il faut le voir c'est tout.