03.07.2008

Croire et Oser (II)

Vaillance et Largesse

 

 

C’était la devise des chevaliers. Lors de leur adoubement, ils promettaient protection aux faibles, aux veuves et aux orphelins. Ils étaient les gardes armés chargés de veiller sur la société et de la défendre contre les invasions, les pillages et autres dangers. La vaillance illustre le courage au combat, fait de force et de prudence. Le téméraire mêle force et audace, mais n’est pas courageux car il lui manque cette vertu éminemment politique, la prudence. La largesse, quant à elle, signifie la générosité. Elle se caractérise par le dévouement et est l’élément essentiel de la solidarité. Sans générosité, il n’y a pas de véritable solidarité. Il n’y a que des liens d’intérêt. Et à l’heure où seules les valeurs côtées en bourse comptent, c’est une vertu privilégiée. Le triptyque « Identité - Solidarité - Action », rejoint l’esprit chevaleresque. L’Identité n’est pas un vague concept, elle est une réalité qu’il faut défendre et développer par l’action et la solidarité.

 

Notre temps voit grandir des êtres qui perdent peu à peu leur humanité. Tels des machines, ils sont devenus indifférecapitalist.jpgnts à tout et ne réagissent que lorsqu’il leur est commandé de réagir. Non seulement ils n’ont plus d’esprit, mais aussi plus d’âme et encore moins de cœur. L’homme ne paraît plus qu’une mécanique animée. Alors pour le toucher, il faut désormais le prendre aux tripes. C’est pourquoi on lui montre des monceaux de cadavres, des enfants estropiés, des visages déformés pour qu’il donne une partie de son nouveau cœur fait d’argent aussi dur que la pierre mais aussi malléable que la boue. Le laïcisme a rendu l’homme indifférent au Sacré et aux mystères. Il lui a appris à les mépriser pour les remplacer par la funeste fable du Progrès. Le pouvoir de l’argent a rendu l’homme égoïste et irresponsable. Il a perdu le sens de la communauté et il ne voit désormais dans ses semblables que des concurrents potentiels. Et il n’a que mépris pour ceux qui ne peuvent devenir ses adversaires. Allez donc lui parler de solidarité ! Mais l’homme est ainsi fait qu’il ne peut être continuellement cynique et sans pitié. Malheureusement sa compassion s’est dégradée en une vulgaire sensiblerie, que les media exploitent et décuplent en se donnant bonne conscience alors qu’ils devraient en avoir honte. Si l’homme moderne est devenu indifférent à son Créateur, à ses compagnons, s’émouvant du malheur de l’autre bout du monde et non de celui qui est à sa porte, il n’en a acquis qu’une plus grande attention pour sa petite personne qui nécessite tant de soins. Pour le tranquilliser et le faire consommer sans remords, le système le conforte dans son irresponsabilité. Après tout l’Etat social-démocrate est là pour s’occuper des « oubliés de la croissance » et pallier aux manques. Le problème de l’Etat n’est pas son problème, lui paye des impôts et cotise pour quelque organisation pseudo-caritative. Ainsi il en arrive progressivement à l’idée qui l’arrange que le système est nécessaire. La situation n’est pas parfaite, mais sans lui, ce serait bien pire. Nous sommes tous les enfants du siècle et nous sommes tous plus ou moins contaminés par cet état d’esprit. En effet « lorsqu’on pense aux moyens chaque fois plus puissants dont dispose le système, un esprit ne peut évidemment rester libre qu’au prix d’un effort continuel. Qui de nous peut se vanter de poursuivre cet effort jusqu’au bout ? Qui de nous est sûr, non seulement de résister à tous les slogans, mais aussi à la tentation d’opposer un slogan à un autre ? Et d’ailleurs le Système fait rarement sa propre apologie, les catastrophes se succèdent trop vite. Il préfère imposer à ses victimes l’idée de sa nécessité » analysait Bernanos dans La France contre les robots. A chacun de faire son examen de conscience.

 

L’Idéal chevaleresque des identitaires est à l’opposé de ce que le monde présent nous propose, et c’est ce qui fait de nous des anticonformistes. Nous sommes par la noblesse de notre Idéal, et la « noblesse est à tout le monde » (Drieu La Rochelle), les ennemis de l’ordre établi. Amoureux de la liberté mais aussi épris de discipline et de traditions, nous sommes devenus par le cours des choses les nouveaux anarchistes. Nous ne désirons pas le chaos et ne cultivons pas la « rebel attitude », mais nous ne voulons pas défendre un régime et un ordre, que nous ne soutenons pas et qui nous détruit, au nom d’un conservatisme bourgeois. Cependant les mots ne doivent pas nous égarer. Notre Idéal, comme dirait Nietzsche, n’est pas dionysiaque mais apollinien, c’est-à-dire caractérisé par l’ordre, la mesure, la sérénité, la maîtrise de soi.

21.06.2008

Croire et Oser (I)

"Ce monde vétuste et sans joie

Croulera demain devant notre foi »

(Les Lansquenets)

 

 

« Pour ces pierres, ces aigles et ces croix ; pour la mémoire de l‘héroïsme et du génie de nos pères ; pour notre terre menacée d‘esclavage et le souvenir d‘un plus grand passé, lecteurs, la lutte ne sera jamais vaine. »

Jean de Brem (Le testament d‘un Européen)

 

 

« l’expression n’est qu’un commencement. L’action est un outil plus puissant de modelage des âmes. »

Simone Weil (L’enracinement)

 

Traiter de l’esprit militant n’est pas tâche aisée. Bon nombre s’y sont essayés et ont su donner des analyses capables d’orienter leurs lecteurs en insistant sur les qualités qui devaient être développées chez les militants, et en bannissant les fausses conceptions du militantisme. Le présent article ne s’inscrit pas vraiment dans la continuité de ces travaux. Son but n’est pas de proscrire, mais de proposer un idéal. Si cette posture peut paraître prétentieuse, elle est toutefois nécessaire pour donner un nouvel aspect du militantisme. Souvent les méthodes sont critiquées, mais ne devrait-on pas remonter à la cause et se demander si l’esprit militant lui-même ne serait pas à revoir ? L’intention n’est pas de tout chambouler et de tout remettre en question. Le doute méthodique est utile s’il se cantonne à certains domaines, sinon il détruit plus qu‘il ne construit. Il s’agit simplement de réaffirmer les fondamentaux, de revenir aux sources. Mais alors où est la nouveauté ? Nulle part en vérité, c’est en quelque sorte une réactualisation de principes tombés en désuétude ou oubliés bien qu’ils soient la base solide et immuable de tout militantisme.

 

Le militant attend surtout qu’on lui parle d’action. Il peut être rebuté par l’apparence d’une intellectualisation du sujet, mal venue. Mais une action sans principe sous-jacent est une action vaine, sans vie. Alors il est nécessaire de persévérer et de s’élever dans les sphères de l’abstraction pour, ensuite, mieux appréhender la réalité et savoir y faire face. Le militant qui n’aura pas saisi les principes de son action, ne pourra jamais avoir la foi et le jour où viendront le découragement et les difficultés, il flanchera. Heureusement beaucoup connaissent leur mission instinctivement et en ont une conscience plus ou moins forte, mais ce n’est pas le cas de tous et même eux ne sont pas à l’abri d’un mauvais coup du destin.

 

Cet avant-propos terminé, le temps est venu de se plonger au cœur de l’esprit militant, de remonter à ses sources, d’analyser ses effets et de tenter de lui faire recouvrir son vrai visage, débarrassé des caricatures dénigrantes ou apologétiques.

 

Idéal et pragmatisme

 

Toute action doit être soutenue par un but. Mais quel est-il ? Voilà la question que se posent beaucoup d’entre nous. On parle d’actions, voire de Révolution, mais on ne sait vers quelle fin se diriger. Certes chacun a sa petite idée, mais personne n’est sûr de rien. Résultat, au moindre petit choc ou petite divergence, le groupuscule se subdivise jusqu’à l’unité individuelle. D’où le besoin plus qu’urgent de ranimer l’Idéal perdu, héritage des Anciens que nous ne pouvons laisser à l’abandon, et ciment nécessaire. Déjà fusent les premières objections : passé mythique ! Utopie ! Du concret, du réel, assez de temps perdu en fantasmagories ! Ces objections ne sont pas infondées. Se réfugier dans le mythe, aussi grandiose soit-il, n’a jamais rien apporter. Tout au plus quelques bons souvenirs, mais aussi la prison, parfois malheureusement la mort, souvent la désillusion. Et Dieu sait combien ce sentiment peut être destructeur en politique. Mais après tout, les plus grandes épopées ne se sont-elles pas fondées sur des mythes, c’est-à-dire sur l’imaginaire collectif ? Pour reprendre Tolkien de manière imparfaite, «l’histoire n’est-elle pas devenue un mythe, et le mythe une légende » ? En réalité, toute la difficulté réside dans le fait qu’il faut puiser dans le mythe (qu’il soit historique ou littéraire) l’Idéal. Or cet Idéal reste encore à définir. On ne peut en donner une image exhaustive, du moins en tenterons-nous une esquisse.

 

Les politiciens attendent un programme, des points à accepter, à défendre ou à contredire. Nous les décevrons. Ici point d’argumentaire en vingt questions-réponses, pas de fiche pour tout savoir et tout dire sur tel sujet. C’est peut-être un tort, peut-être un avantage. En tout cas, nous prenons le risque. En somme nous nous refusons à proposer un dogme idéologique qui puisse séparer les purs des hérétiques. Pourquoi ? Tout simplement parce que la politique n’est pas une science certaine et que, s’il est bon d’être clair et catégorique, il ne faut pas être sectaire et prétendre détenir l‘unique solution salvatrice. De ce fait, nous refusons toute idéologie, qu’il importe justement de distinguer de l’idéal. L’histoire des deux derniers siècles regorge de griefs d’accusation contre les idéologies et leurs auteurs, néfastes cérébraux enfouis sous leur science et oublieux de la réalité. Que ce soit la révolution dite « française », le communisme, ou aujourd’hui le mondialisme ; toutes ont prouvé qu’elles n’apportaient que « de la sueur, du sang et des larmes » pour être churchillien. L’erreur de l’idéologue est de vouloir à n’importe quel prix adapter les faits à sa vision du monde. Le vrai politique au contraire part des faits et agit en conséquence. « On marche, puis on voit » disait Napoléon qui était bien plus politique qu’idéologue.

 

La politique débarrassée de l’idéologie (est-ce encore possible ?) n’est pas pour autant une politique sans idéal. Celle-ci, on la reconnaît aisément, c’est la basse politique, électoraliste, affairiste, empêtrée dans les scandales : elle représente la lie de l’humanité. Le spectacle du monde nous offre à l’heure actuelle un mélange écœurant des deux excès : l’idéologie copulant dans la fange avec l’intérêt. L’Idéal qui doit déterminer nos actes et nous éviter de tomber dans les travers dénoncés, c’est ni plus ni moins le Bien commun. Non pas l’intérêt général, qui respire l’utilitarisme et n’évoque tout au plus qu’un bien-être matériel. Diable ! L’homme n’est pas pure matière, son cœur et son esprit ont aussi des besoins, ce que Simone Weil nomme les « besoins de l’âme ». Le Bien commun, désiré par tous, n’est pourtant pas appréhendable par tout le monde. Il est le but ultime de tout bon politique qui se charge de conduire ses compagnons. Malheureusement la condition humaine veut qu’on puisse y tendre mais sans pouvoir l’atteindre complètement. La perfection n’est pas de ce monde, et « l’enfer, c’est de se croire au paradis par erreur » (S.Weil). C’est pourquoi si nous nous déclarons idéalistes, nous sommes aussi sans illusion. Convaincus, mais pas naïfs. Visionnaires, mais pas utopistes. « C’est volontairement que le poète boucle son sac, saisit un fusil et se prépare à la guerre. Savoir tout ce qu’il perd ne donne que plus de prix à son sacrifice. Il devient le héros sans illusion mais sans regret » (Jean Mabire ; Patrick Pearse).

 

Ayant lâché les poids de l’idéologie et d’un bonheur humain absolu et illusoire, le réalisme doit être la base de notre conception politique. L’homme est condamné au supplice de Tantale, il n’a de cesse de poursuivre un seul et même but, son bonheur, sans songer un instant qu’il ne pourra jamais en jouir en ce bas monde. Il croit le voir ici ou là, mais il n’arrive jamais à le saisir. Certes il peut être heureux, et le politique se doit de favoriser les conditions de cette joie. Mais jamais la soif d’absolu et de perfection de l’homme ne pourra être étanchée. Qu’on en tire les conclusions adéquates, mais il n’est pas inutile et encore moins pessimiste de rappeler cette vérité qu’illustre à merveille l’Histoire. Celui qui ne le fait pas est condamné à la déception perpétuelle. Au contraire, soyons conscients et réalistes. Or comment le réalisme s’illustre en politique ? Par le pragmatisme. Être pragmatique, ce n’est pas être opportuniste et encore moins arriviste. « Lorsqu’on prend des attitudes, il faut saisir l’occasion de les servir » lance le lucide Raspail. Et bien c’est cela être pragmatique, mélange d’opportunisme au service d’une noble cause et d’empirisme organisateur. Maurras ne nous aurait pas contredit. Ces occasions offertes par la Providence, à nous de les reconnaître et de les exploiter avec habileté comme le conseille Machiavel.

 

Tout cela est bel et bien joli, mais l’Idéal, si magnanime qu’il soit, et le pragmatisme, toute première règle politique qu’il est, sont inapplicables sans une donnée essentielle : la Foi. Pour obéir et combattre, il faut croire. Qu’est-ce donc que croire ? C’est tout « simplement » vivre son Idéal. Seule la Foi sauve et peut déplacer des montagnes. Sans Elle rien n’est possible. L’Idéal restera une pure abstraction et le pragmatisme, un instrument avili, si la Foi n’est pas là pour les animer et les transcender. Soutenu par un souffle d’espérance, rien ne peut désormais nous faire renoncer. « Ceux qui croient qu’il est possible d’arrêter l’Histoire risquent d’avoir des surprises », avertit Mabire ; et l’Histoire, c’est nous.

 

 

15.05.2008

Qualité !

935449668.jpg"SI NOUS NE SOMMES PAS LES MEILLEURS NOUS N'AVONS PAS DE RAISON D'ÊTRE"

 

"Ainsi parlaient les derniers chavaliers. Ainsi devons-nous parler... N'en déplaise aux esprits simples, ce sont les chefs et les minorités qui font l'histoire. Mais nous devons respecter les lois de notre solitude. Répondre à l'idée de masse par l'idée d'élite. Résister à "l'Administrationisme" par l'idée de hiérarchie des hommes et des faits. Reprendre de fond en comble la conception même des rapports sociaux, construire d'abord notre royaume en nous-mêmes, en respecter les lois parmi nous. Nous sommes des croyants et non pas des agitateurs... On ne réveille des affaiblis que par la force et la volonté tenace. On ne sort de la vulgarité un peuple qu'en lui lançant des mots d'ordre un peu élevés. Ne courant ni après une situation ni après un bulletin de vote, nous n'avons pas de concessions à faire. Nous sommes trop pauvres pour accroître notre fortune. Trop certains pour redouter l'échec des premières années. Notre faiblesse même nous impose de tendre à devenir sans trêve moralement supérieurs. (...) Affirmant par notre nom même d'où nous venons nous ne devrions plus maintenant nous soucier que de savoir où nous irons. Et de l'affirmer. Et de le réaliser. Etant la jeunesse nous sommes l'avenir. Cette affirmation banale n'est sans doute pas inutile... Si nous voulons agir selon notre volonté et ce que nous nommons notre "mission", alors QUALITE d'abord et en tout."  

 

Jean Mabire in Viking, Cahiers de la jeunesse des pays normands