06.06.2008
Qui sommes-nous ?
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22.04.2008
Le Fight club et la danse
"Prendre conscience que la pensée européenne est profondément pénétrée de cette idée de lutte. Et que ce mécanisme d'opposition qui finit par un choix, une option, une décision commune - de bon ou de mauvais gré - constitue l'essence de notre culture.
C'est cette culture là que le philosophe-voyou aimerait remettre à l'honneur. Ressusciter.
Faire couler du sang frais dans le corps inanimé d'une Europe, hâve, exsangue, persuadée elle-même de son infirmité à se battre, convaincue que "victorieux" est synonyme de "monstrueux", "médiocre", "criminel".
Retour, donc, à un éloge de la volonté de vaincre, du courage de conquérir. Qu'elle qu'en soit l'issue. La vie, la mort. La conscience, l'inconscient. Le confort ou le coquard.
(...) Pour le corps et l'esprit, le risque entier surgit alors. Risque de perdre son intégrité physique. D'avoir mal, pour de vrai. Ne plus être comme avant : le nez dévié, l'oreille en chou-fleur, le doigt en maillet. Risque de mettre en jeu son personnage social, l'arcade éclatée, l'oeil au beurre noir, la griffure transversale, l'écorchure à la bouche. Autant de signes distinctifs, de "marqueurs sociaux", qui vous mettent en marge. Exclu pour un coquard. Saleté de l'oeil tuméfié. Du caillot de sang. Propreté du corps intact et vierge de coups. Puceau du réel. Le Fight club c'est aussi cela, la défloraison mentale de l'individu. Sa découverte du réel. Risque aussi de perdre ses prétentions et son orgueil. Risque psychologique donc de se voir tel que l'on est, sans fard, ni maquillage. Exit les illusions. Et que la personne que l'on était, composait en fait un rôle. Le Fight club, par le sang versé, tire le rideau du théâtre de la vie. Theatrum mundi apertum. Dévoilement des apparences. Dévoilement de l'être.
(...) Eloge de la danse. Donc. Après Lucien, l'un des rares penseurs en date à avoir osé une philosophie du mouvement gymnique. Le philosophe-voyou ne se fera pas l'apôtre des danses classiques. Ni celui des "danses" de boîtes de nuit. Des pingouins impulsant des gestes absurdes à une partie de leur corps. Dans des endroits confinés à l'extrême, lieu de l'égocentrisme, lieu du relâchement moral et intellectuel. Entraver sa liberté pour une activité qui appelle la créativité. Contenir la force quand tout demande l'explosion. Le sort de la danse aujourd'hui est clair : être le fait de spécialistes ou bien mourir dans les night-clubs.
Le philosophe-voyou se situant une nouvelle fois dans la perspective antique, convoque un retour de la danse dans nos vies. Et plus précisément sous la forme qu'elle pouvait avoir à Sparte, ou encore il y a quelques années dans des tribus africaines. La danse de la guerre.
(...) Voilà qui est bien suffisant pour nous. La danse par le travail de visualisation qu'elle suppose se donne comme un entraînement supplémentaire au combat. Matrice explicative du monde aux yeux du philosophe-voyou. Le guerrier, le combattant comme danseur, donc.
Renversement des valeurs dans une société de l'hypocrisie. Où contrairement à ce qu'on y prétend, la danse est souvent assimilée à une expression de la féminité. A l'art. Aux Arts.
Le membre du Fight club doit s'approprier cette créativité. Devenir un contorsioniste. Pour frapper, durer, gagner. Vaincre. Fight club contre Night Club."
Raphaël et Olivier Saint-Vincent in Manifeste du philosophe-voyou
(Chap. 10 : "La palestre, le Fight club, et la danse" ; Editions de L'Harmattan)
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