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23.04.2008

Nouvelles recrues

951677713.jpgQuand l’ambassadeur reçoit les jeunes de Villiers-le-Bel et Saint-Denis

E.C.
lundi 21 avril 2008 | Le Parisien

SAINT-DENIS-Miromesnil sur la ligne 13. Dix stations de métro relient deux mondes qui ne se côtoient jamais quand ils ne s’ignorent pas. Ce jeudi soir d’avril, une dizaine de lycéens de Saint-Denis, polos et petits tops ajustés sur les tailles, sortent du métro et se dirigent vers la rue du Faubourg-Saint-Honoré.

Le palais de l’Elysée sur leur droite, ils poursuivent leur chemin sous le regard des services d’ordre et finissent par atteindre le porche du 41, la résidence de l’ambassadeur des Etats-Unis en France. Il n’y a pas erreur sur l’adresse. Les gardes à l’entrée se montrent d’ailleurs peu regardants. Ce soir, les lycéens du 9-3, et leurs voisins du collège Martin-Luther-King de Villiers-le-Bel (Val-d’Oise) sont les hôtes privilégiés de Craig Roberts Stapleton et son épouse. « Prestige ! » clame Lucie depuis l’aile gauche de l’hôtel particulier, la tête levée vers les plafonds à dentelle. La banlieue reçue telle une reine dans ces lieux de pouvoir au même titre qu’une princesse du Burundi et qu’un aréopage de célébrités afro-américaines en mémoire de Martin Luther King : les adolescents jubilent. Autrefois rejetés et regardés comme des pestiférés, ils sont aujourd’hui courtisés par les plus grands.

La carte de la main tendue

Massinissa, 17 ans, et ses amis profitent sans se poser de question. Quand on les interroge sur le pourquoi de leur présence, ils avouent ne pas y avoir pensé. « On vient du collège Martin-Luther-King et on prépare un projet sur la diversité. Cela a dû les motiver, non ? » suppose Odilia. Lucie, 15 ans, grandie à Villiers-le-Bel, soupçonne un rapport avec les violentes émeutes de novembre dernier. « C’est gênant, on ne se fait pas remarquer pour les bonnes raisons », regrette Odilia. « Subitement, la banlieue intéresse tout le monde, constate Martine, venue accompagner les élèves. C’est plus une curiosité malsaine, désagréable. Mais c’est vrai que je me demande quel intérêt les Etats-Unis ont à nous recevoir. » Des habitants venus du Franc-Moisin, quartier difficile de Saint-Denis, et de Villiers-le-Bel, tristement sorti de l’anonymat depuis novembre, reconnaissent que l’affiche est belle pour un pays qui joue la carte de la main tendue vers la banlieue. « Des jeunes du 9-3, des musulmans, cela va leur faire un bon coup de pub », claque Massinissa, lequel n’ose plus trop cracher dans la soupe depuis que l’ambassade l’envoie un mois cet été apprendre le droit, rencontrer les médias et les politiques à Washington.

Les voyages d’Ali, Karim ou Fayçal tous frais payés

Emeline Cazi
lundi 21 avril 2008 | Le Parisien

ALI ZAHI raconte son voyage aux Etats-Unis avec des étoiles dans les yeux. « Je me suis retrouvé en Arkansas, en Oregon, au Texas, et je n’ai qu’une hâte : y retourner. » On l’aurait rencontré quelques mois plus tôt, pas sûr que ce grand escogriffe à chemise blanche ait tenu le même discours. Entre-temps, il est passé entre les mains des Américains et a côtoyé l’Oncle Sam pendant trois semaines aux frais de l’ambassade des Etats-Unis.

Ali, 31 ans, né au Maroc, qui a grandi et a été élu à Bondy, dirige le cabinet du maire de Clichy-sous-Bois, berceau des émeutes de 2005. Un pur produit de la Seine-Saint-Denis qui le désigne naturellement candidat à la nouvelle version de l’International Visitors Program du département d’Etat américain. Depuis trois décennies, l’administration américaine repère les futurs leaders de la planète et les prend sous sa coupe. Des générations de politiques et de grands patrons, dont Nicolas Sarkozy, François Fillon, Gordon Brown, ont bénéficié de ce programme.

« Nous pouvons faciliter le dialogue »

A l’époque, le casting se faisait aux portes de l’ENA et des grandes écoles. Mais, en 2005, la cible change. L’Amérique se focalise sur l’autre France, cette société émergente, diverse, qui veut se faire entendre, et dont les leaders pourraient rapidement prendre du galon. Amirouche Laïdi, président du club Averroès, le jeune chef d’entreprise Aziz Senni, Stéphane Pocrain… Tous ont serré la main de grands décideurs américains et ont fini par nuancer leur propos sur les Etats-Unis. Peu échappent à la règle. Mohamed Hamidi, du Bondy Blog, et Karim Zeribi, président du Parlement des banlieues, y sont en ce moment. « Evidemment, les idées américaines ne sont pas toutes transposables. Nous n’avons pas forcément les réponses, mais nous pouvons faciliter le dialogue et confronter les points de vue », commente Randiana Peccoud, chargée de la diversité à l’ambassade des Etats-Unis en France.

« On aimerait te faire partir. Tu raconterais ton expérience »

Pour tous, le recrutement s’est déroulé de la même manière, en douceur. C’est un ami, Fayçal Douhane, militant de la diversité au PS, qui introduit Ali Zahi auprès de l’ambassade. Le premier contact est informel. S’ensuivent des invitations à des colloques, des dîners en ville . Jusqu’au jour où il reçoit ce coup de téléphone. « On aimerait te faire partir. Ce serait vraiment intéressant pour toi. Tu raconterais ton expérience. » Envoyé à l’automne, Ali rencontre des politiques, un imam, des lobbyistes, les responsables de communautés. « Tous voulaient comprendre pourquoi des Français, issus du Maghreb ou de confession musulmane, ont une telle défiance à leur égard alors qu’ils ne connaissent pas l’Amérique. »

L’administration Bush ne regarde pas à la dépense. Hôtels, traducteur, vols intérieurs, tout est inclus. Justin Vaisse, chercheur, n’y voit rien d’autre que du « travail d’influence ». Clichy travaille aujourd’hui en direct avec l’ambassade. « Je ne me pose pas la question de savoir ce qu’il y a derrière tout ça, avoue Ali. On n’a pas le temps. Ils nous présentent un projet d’envergure, quasi financé, qui va valoriser les habitants. Sur le terrain, on prend ce qu’il y a à prendre. » Pragmatique, Ali Zahi, à l’américaine.

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